Wednesday, December 26, 2007

Des chameaux et des hommes



À Pushkar, il y avait des chameaux. Au début, il y avait juste un tit peu de chameaux. Après, ont commencé à arriver plus et encore plus et encore encore plus de chameaux. Dans le champ désertique où les chameliers se rassemblaient pour comparer, vendre ou acheter leurs bêtes, il y eu au moins 15 000 chameaux. Une petite année, selon les habitués. Nous, on était pas mal impressionnés. C’était assez spectaculaire de se promener entre les animaux, aux premières lueurs du jour, qui poussaient leurs rugissements (d’étranges sonorités rappelant celui des dinosaures de Jurassic Park). Pushkar fût une étape assez calme, malgré les centaines de personnes qui arrivaient chaque jour pour jouir de la Foire annuelle de chameaux. Il y eu quelques spectacles plutôt broche à foin, du genre salle communautaire, dont un concours de la plus belle mariée Rajasthanaise où furent couronnées gagnantes les trois touristes qui y participaient, aux grand dam des vraies femmes du Rajasthan qui semblaient n’y comprendre que dalle!

En même temps qu’on a vu arriver les chameaux, on a vu arriver les éclopés. Chaque jour, des mendiants avec des membres en moins ou complètement déformés par la polio arrivaient dans les rues de la toute petite ville de Pushkar. Lorsque la foire a officiellement débutée, des dizaines d’entres eux parcouraient les rues, du soir au matin, pour profiter des Hindous qui doivent faire la charité pour améliorer leur karma. Il fallait vraiment faire attention où on mettait les pieds, parce qu’ils se promenaient en pleine rue, au milieu des centaines de gens qui affluaient et qui s’ajoutaient chaque jour.



Un matin que nous étions en train de déjeuner tranquillement après avoir été se promener dans le champs de chameaux, nous avons entendu, provenant de la table à côté, le superbe accent québécois… J-F s’est retourné spontanément avec un grand sourire, leur demandant de quelle région du Québec ils venaient. Ils, c’était un couple Sherbrookois qui voyageaient en Inde depuis deux mois déjà. On s’est mis à parler de toutes sortes de choses. À force, on a fini par changer de table et s’asseoir avec eux. C’est assez rare qu’on rencontre des touristes qui voyagent à petit budget, et franchement, ça change énormément la façon de faire les choses. La plupart des touristes, ils ne mangent que dans les restos pour touristes et ne goûtent jamais vraiment les vraies saveurs Indiennes, ils passent leurs journées à magasiner et à fumer, parce que l’herbe est super accessible ici. Les touristes qui ont des sous, ils voyagent dans des autobus pour touristes ou des wagons de train avec un garde de sécurité à l’entrée, alors ils ne voient pas les foules inimaginables qui peuvent entrer dans les bus, ni les mendiants qui passent de wagon en wagon. Bref, ça faisait un bien fou de pouvoir échanger avec des gens qui vivaient à peu près la même chose que nous. Est venu un moment où on s’est rendu compte que ça faisait quatre heures qu’on était assis là… Alors on a décidé d’aller dîner dans un autre resto parce qu’on commençait à avoir faim! Lorsqu’on est partis de l’autre restaurant, il était déjà 5 heures du soir et on avait rendez-vous le lendemain matin pour aller voir un des temples au sommet d’une colline.

On s’est dit qu’on partirait pas trop tard, parce qu’on avait rencontré un Italien qui nous avait dit : ‘It’s quite a mission to go up there! You should plan to sleep over and come back the next day..’ Il en avait bavé pour monter jusque là…



La montée jusqu’au temple nous a pris une demie heure. On en a conclu que l’Italien devait être un peu trop amorti à force de fumer du pot… Ensuite, on est restés là à admirer la vue avant de visiter le temple au plancher tout collant, parce que les Hindous ont pour coutume d’offrir à leurs dieux une espèce de dessert formé de millions de petites boules sucrées qu’ils finissent toujours par échapper un peu partout…

À Pushkar, Jean-francois se levait presque tous les matins au environ de 6h / 6h30 pour aller au «Cattle ground » (le champs de chameaux). Il s’y rendait en passant presque toujours par le même chemin, si bien qu’après deux ou trois jours, les gens le reconnaissaient. Ce qui était le plus drôle c'est que tous les vendeurs de souvenirs inimaginables lui proposaient jour après jour la même camelote, même s’il leur avait dit qu'il n'était pas intéressé. À l’une des entrées du champ s'était installé un chauffeur de camel-car (c'est le même principe que de faire un tour de calèche dans le vieux Montréal sauf que c'est un chameau à la place du cheval et qu'au lieu de voir des centaines de vieux bâtiments ben tu vois des milliers de chameaux, c'est presque aussi romantique). Donc, toutes les fois que Jean-François entrait et sortait du champ (entre 4 et 6 fois par jour), l'homme lui demandait : « Hey sir, camel-car tour ?? Cheap price, you'll see all the field!! ». Comme avec tous les vendeurs de pacotilles, Jeff déclinait poliment son offre. Et ce, jusqu'au matin où, voyant l'homme devenir un peu trop entreprenant, Jeff lui dit, avant même que que l’homme n'ait commencé à parler, qu'il n'était pas intéressé depuis 3 jours et que ce serait pareil pour tous les autres jours et que si jamais l'envie lui prenait de faire un tour de chameau il ne manquerait pas de lui en faire part. C'est alors que la dynamique entre l'homme et Jeff prit une tournure plutôt intéressante. En effet, l'homme lui dit : «No, no, I know you don't want a ride! I just want to know if you are interested in some good Manali grass?". Jeff déclina encore cette offre, mais se mit à jaser avec lui, lui demandant comment allait la business. L'homme se mit donc à parler de son boulot de camel boy, de combien d’argent il faisait en moyenne par jour, quels avaient été ses meilleurs coups, etc… Après une quinzaine de minutes Jeff et l'homme se séparèrent pour retourner chacun à leur occupation, l'un faisant faire des tours de chameaux à des prix un tantinet exorbitant à des touristes fortunés et l'autre allant pour la énième fois faire des images des gens du désert et de leurs bêtes.



Une soirée où Céliane et Jeff se rendaient à un des merveilleux spectacles bien mal organisés par l'office de tourisme du Rajasthan, quelqu'un cria : « Hey ! Hey, you !! Sir !! SIR !!!! » dans la foule. Notre couple pris donc la décision d'utiliser la tactique suivante : On fait comme si personne ne nous parlait, il va se tanner avec le temps, on va l'avoir à l'usure. Mais non ! Impossible, c'est qu'il était coriace celui-là !! En plus de continuer à gueuler, Céliane et Jeff entendaient la voix du type qui se rapprochait dangereusement, jusqu’à ce qu’il en soit rendu à taper sur l’épaule de Jeff. Ce dernier se retourna en se préparant à renvoyer l’individu de façon plutôt expéditive. Quelle grande surprise : c'était le garçon des camel-cars ! Il venait simplement lui parler et lui demander comment il allait. Il venait aussi pour lui dire qu'il avait eu une de ces journées du tonnerre. Et pour que Jeff le croie il sortit une liasse de billets de ses poches. Pas une petite pile de billets mais plutôt ce que l'on qualifierait au Québec d'un sacré gros motton de cash. Céliane et Jeff n'eurent donc pas d'autre choix que de le croire. Le couple et l'homme discutèrent pendant quelques minutes jusqu’à ce que le chauffeur de chameaux se défile pour repartir à la « chasse au touriste qui rapporte beaucoup ».

Deux jours plus tard, à la fin d'une journée de photos dans le champ, Jeff marchait en direction de la ville pour rentrer à l'hôtel lorsqu’il croisa le convoie rempli de touristes accompagnés du chamelier. Ce dernier lui cria : « Come on ! Jump abord, i'll make you space ! It's a free ride for you ! » devant les touristes qui ne comprenaient pas trop ce qui se passait. Jeff sauta sans hésiter sur le chariot. L'homme lui dit « I can't talk to you about money today. » en pointant ses clients à quelques centimètres de lui. Jean-François et lui eurent une petite jasette tout à fait banale jusqu'à ce que vienne le temps pour Jeff de sauter en bas pour prendre une autre direction.



Lorsqu’est venu le temps de partir de Pushkar, nous avions acheté un billet pour un autobus Sleeper qui se rendait à Agra. Mais comme il y avait la foire, toutes les rues de la ville étaient barrées et le terminus de bus avait été déplacé, sans que le vendeur de billet ne nous en ait informés… On a demandé aux chauffeurs de bus publics qui nous disaient tous d’embarquer et de faire un stop à Ajmer, la ville voisine, pour prendre un autre bus vers Agra… Mais comme nous avions déjà nos billets pour un autobus direct de Pushkar à Agra, on savait que ce n’était pas la bonne chose à faire. On a fini par trouver un bus privé qui nous a dit : oui, oui, c’est le bon bus, je m’en vais à Ajmer et vous devez changer à Ajmer pour aller à Agra. On s’est dit : ‘encore un Indien qui essait de nous emberlificotter’ et nous avons continué à marcher (jogger serait plus approprié) durant une bonne heure avec nos bagages, tournant en rond, sacrant contre la désorganisation des Indiens et suivant les indications toutes plus fausses les unes que les autres des gens qui ne savaient pas trop mais faisaient semblant que oui! Lorsqu’on a finalement su où il fallait aller pour prendre notre autobus, il nous restait deux minutes pour parcourir un kilomètre de route, nous avons donc accroché un pickup à trois roues pour qu’il nous débarque au bon endroit. Dès que nous sommes arrivés, J-F est descendu de la boîte du petit camion et s’est mis à courir vers le bus pour qu’il nous attende… Pendant ce temps, Céliane essayait tant bien que mal de débarquer pendant que le chauffeur redémarrait pensant que nous étions tous les deux sortis. L’autobus s’est avéré être le premier autobus privé que nous avions vu… La seule chose, c’est que le chauffeur avait jugé inutile de nous dire que le bus direct pour Agra avait un problème technique et que c’est pour ça qu’on devait faire un transfert dans la ville voisine… Le bus est finalement parti avec une demie heure de retard parce que le gars de la compagnie a dû chercher les touristes qui s’étaient éparpillés un peu partout à force de chercher où était la foutue station.

Dans le bus, on a fait la connaissance d’un Kiwi (un gars de la Nouvelle-Zélande) nommé Lindon qu’on trouvait bien sympathique. Il s’en allait à Agra aussi. On s’est finalement retrouvés dans un bus avec des sièges assis et surpeuplé, mais on était contents parce qu’au moins, on savait qu’on finirait par se rendre.