
De retour à Delhi, on s’est trouvé, pour la première fois, un chauffeur d’auto rickshaw super sympa! On a regardé pour trouver un hôtel dans le vieux Delhi, un quartier moins fréquenté pas les ‘Westerners’, mais c’était vraiment hors de prix. On a alors émis l’hypothèse de s’établir dans le quartier musulman près des chowks (bazars et marchés) mais il en était hors de question selon notre chauffeur. ‘ Muslims are bad people’ qu’il nous disait, ‘Not secure erea, people fighting all night and not reliable people!!’ On voit ici qu’il n’y a aucun préjugé entre musulmans et hindous… Le chauffeur de rickshaw nous a alors amené visiter un hôtel qu’il connaissait. Il se situait dans Paraganj, le quartier des touristes. Durant les 7 minutes où on nous a fait visiter les chambres, nous avons croisé la route de trois rats… alors, on a fait ni une ni deux et on est retournés au même endroit que la dernière fois. C’était bien parce qu’on connaissait déjà un peu le quartier et on savait par quelles rues passer pour éviter la très désagréable rue du Bazar, où les vendeurs et les chauffeurs de rickshaw ne cessent de harceler les touristes! On a donc retrouvé nos petits bouis-bouis préférés et l’endroit où on allait toujours prendre le thé, parce que la famille qui tenait l’endroit était vraiment sympathique. Malgré leur connaissance assez rudimentaire de l’anglais (trois mots : water, big bottle et another chai ?) on réussissait quand même a établir le contact.
On a donc repris une chambre dans notre ancienne guesthouse magnifiquement baptisée : My Hotel. Malgré le manque de fenêtre, les chambres étaient relativement propres et pas très dispendieuses. Cette fois, que de surprises… On nous a donné une chambre où il y avait un nid de coquerelles dans l’armoire du meuble à télé et une souris qui essayait d’entrer dans nos sacs à dos… La pauvre souris! On a bien essayé de lui montrer la sortie, mais elle n’en n’avait que pour nos sacs. J-F est donc parti à la chasse à la souris pendant que Céliane était debout sur le lit avec les bagages et pointait la souris lorsqu’elle se montrait le bout de la queue. C’est qu’elle courait plus vite que Jean-François, la petite vlimeuse! Mais il a tout de même fini par avoir raison d’elle… Quel dommage, tout de même, de terminer sa vie dans un sac de plastique… On l’a amenée à la réception, pour la forme. Le garçon de service a regardé curieusement J-F lorsqu ‘il lui a tendu le sac. ‘What’s this ?’ ‘a mouse...’ le garcon : ‘ in your room ??’ jeff : ‘Not anymore, in this plastic bag now !’. Ça valait le coup de voir la gueule du garçon qui a tenu le sac à bouts de bras jusqu'à la porte de l’hôtel ou il s’est débarrassé de la souris en lançant le sac le plus loin possible dans la rue. Parce qu’en Inde, la rue, c’est la poubelle de tout le monde!
Le lendemain, on a visité la Jama Masjid, la mosquée où on avait refusé de payer pour deux caméras la dernière fois. Cette fois, on en a apporté qu’une seule et Céliane s’est amené un foulard pour se couvrir les épaules au lieu de revêtir l’horrible petite cape qu’ils mettent aux jeunes filles et aux femmes qui ont les bras exposés. La mosquée était magnifique! Tout était très simplement décoré, construit en pierre rouge et en marbre blanc, le résultat final était grandiose, majestueux! Nous sommes bien heureux d’y être retournés.
Nous avons aussi visité le Temple du Lotus. Ce temple, est situé au milieu d’un grand parc très calme, et comme son nom l’indique, il a réellement la forme d’un lotus. C’est un lieu qui ne prône aucune religion, qui est destiné au recueillement et à la méditation. Lorsque l’on entre à l’intérieur, il est interdit de parler… Le silence! Ou plutôt, le cliquetis régulier des bracelets de chevilles que portent les Indiennes. Une atmosphère très paisible qui contraste avec le vacarme constant de la ville.
Puis, après plusieurs essais infructueux, on a réussi à rejoindre Sara, une amie d’amis du Québec, qui fait du bénévolat pour une ONG qui vient en aide aux enfants de la rue à la gare de New Delhi. Lors de notre première rencontre, elle nous a amenés dans un resto bien sympa où on pouvait manger de la salade avec du vrai fromage… deux denrées assez rares pour les touristes en Inde! Puis, par la suite, nous avons longuement discuté de son boulot et de sont récent accident dans la vallée de Spiti, en Inde. La pauvre, elle s’est retrouvée au milieu d’un ébouli de roches, une petite aventure qui lui a value quelques semaines de convalescence.
Le lendemain, on est allés la voir travailler sur le terrain. Au centre, où nous sommes retournés à quelques reprises, nous avons fait la connaissance de quelques uns des enfants.Les jeunes étaient vraiment chouettes, le cœur grand ouvert avec un immense besoin d’affection. On s’est assis avec eux, on leur a donné des câlins, on leur a flatté le dos. Les intervenants Indiens ont une toute autre façon d’agir avec les enfants… Ils ne les touchent pas, s’assoient toujours en retrait, les frappent lorsqu’ils s’énervent un peu trop… Ce fut assez troublant d’être témoin de tout ça.
Une journée, on est allés au zoo avec eux. Un des intervenants, avec lequel Sara travaille depuis maintenant 10 mois, a essayé de faire de l’argent sur notre dos et celui de Sara en nous réclâmant, sans aucun scrupule, deux fois la valeur du montant des billets pour l’entrée au zoo... Ce n’est pas la première fois qu’un Indien tente de nous arnaquer, mais là, c’était vraiment le comble! C’est à croire qu’on ne pourra jamais faire confiance à personne, en Inde, parce que tant qu’ils auront la chance d’exploiter quelqu’un, ils le feront.
Malheureusement, cette promenade au zoo ne fut pas particulièrement agréable non plus. D’abord, les animateurs passaient à une vitesse folle devant les cages. On pouvait à peine apercevoir les animaux qui s’y trouvaient. En plus, au moins le quart des cages étaient vides et les animaux qui daignaient se montrer le bout du nez nous ont semblé être en bien triste condition. On a même vu un Indien qui visitait le zoo frapper un tigre avec un bâton à travers les barreaux de la cage… Sara s’est mis à l’engueuler en Hindi, espérant qu’il se rendrait compte de sa bêtise et qu’il se sentirait au moins un peu honteux, mais ça l’a plutôt fait rire. Connard!
Puis, on s’est arrêtés quelques minutes à l’ombre d’un arbre avec les enfants. Moins de cinq minutes plus tard, il y avait un attroupement d’au moins une cinquantaine d’Indiens (et nous n’exagérons même pas!) qui s’étaient arrêtés pour nous observer, nous les Blancs. Les jeunes qu’on accompagnaient semblaient eux-mêmes troublés… ‘’Les gens vous regardent comme si vous étiez des singes’’ qu’ils nous ont dit. D’ailleurs, tout le long de la ballade au zoo, Sara et Céliane se faisaient traiter de putes et étaient le centre de commentaires assez déplacés sur le fait qu’elles tenaient la main à des petits de sept ans… Ce sont les enfants de la rue qui nous disaient de presser le pas et de ne pas écouter les commentaires déplaisants. Vraiment, les enfants de la rue avaient plus de respect et de savoir vivre que la plupart des Indiens de classe moyenne qu’on a croisé depuis le début du voyage!
Bref, lors de notre passage à l’ONG nous avons été témoins de plusieurs situations désagréables… On a vu des enfants inhaler du décapant en cachette, on fait connaissance avec une adolescente ayant un léger retard mental qui s’était fait lacérer le visage à coups de couteaux par l’homme qui l’avait mise enceinte, un intervenant frapper un enfant…
À ce moment-là, à Delhi, on ne savait plus trop quoi penser de l’Inde. Tous les Indiens nous paraissaient corrompus et prêts à profiter de tout un chacun, sans aucune sympathie pour son prochain. Le Québec nous manquait plus que jamais. Notre province n’est certes pas parfaite, mais on s’occupe tout de même un peu des gens qui sont dans le besoin. Et lorsqu’on demande son chemin ou qu’on a besoin de conseil, la plupart des gens sont prêts à nous aider, et ce sans exiger d’argent ou quoi que ce soit d’autre en retour. L’entraide et le respect font partie de nos habitudes. Ici, il faut choisir les gens à qui on demande de l’aide et vérifier par trois fois pour être sûrs d’avoir la bonne information. L’Inde se vante d’être un pays en pleine ascension économique et industrielle, mais elle a encore beaucoup à faire pour parvenir à devenir une puissance mondiale. Le trois quart de la population vit dans une très grande pauvreté, les infrastructures sociales sont défaillantes ou inexistantes et personne n’a à cœur de développer le bien commun, d’améliorer la société. C’est chacun pour soi et la loi du plus fort. En espérant pour eux que ce ne soit qu’un bordel transitoire, parce que s’ils continuent comme ça, ils en resteront toujours au même stade.
On s’est enfermé quelques jours, n’allant qu’aux endroits qu’on aimait bien… Déjeuner à la chambre de Sara qui nous faisait un café du tonnerre et qui nous faisait du bien à côtoyer, petit thé avec la famille sympathique, dîner dans notre boui-boui préféré où nos serveurs, de gentils Népalais, étaient toujours contents de nous voir. On a aussi visité le quartier Tibétain, parce que les Tibétains sont beaucoup plus aimables et beaucoup plus calmes que les Indiens. Le quartier lui-même était plus propre, mieux entretenu et tellement plus paisible que tous les quartiers Indiens que nous avons visités jusqu’à maintenant!
Ces quelques jours nous ont permis de se réconcilier un peu avec l’Inde.
Puis, on a décidé de partir pour Pushkar,au Rajasthan, parce que c’est une petite ville très calme. C’est à cet endroit que tous les ans, après la première pleine lune de novembre, se tient une immense foire aux chameaux.
Sara nous a appris qu’on pouvait réserver des autobus sleeper. Ben oui, on ne savait pas que ça existait, nous, des autobus avec des couchettes doubles pour les longs trajets de nuit! Vraiment, le confort! Pour une fois, le trajet d’autobus nous a permis d’arriver frais et dispos. La seule chose un peu désagréable pour Céliane, c’est que lors de ce trajet 10 heures, le bus a fait plusieurs escales, mais il n’y avait jamais de toilettes… Pour les hommes, aucun problème. On sort du bus, on s’installe un peu n’importe où et Hop! C’est fait. Mais Céliane n’avait pas envie du tout de se déculotter devant les dizaines d’Indiens qui croient tous que les blanches sont des nymphomanes accomplies. Elle s’est donc retenue jusqu’au matin, mais bon sang qu’il était temps!
Arrivés à Pushkar, nous n’avions pas encore mis le pied hors de l’autobus que nous étions déjà assaillis par les propriétaires d’hôtels qui brandissaient leurs cartes d’affaires à deux pouces de notre face et nous offraient de payer le rickshaw pour s’y rendre (dans cette ville, le rickshaw consiste en une grande plateforme de bois montée sur quatre roues, le tout étant poussé ou tiré par les hommes). Petite note au passage, il faudrait que quelqu’un explique un jour aux Indiens que de mettre leur carte d’affaire à 10 cm du visage ne fait pas que l’on peut mieux lire le nom de l’hôtel. De toute façon, on savait qu’on pouvait marcher et qu’on finirait par trouver, alors on a poussé les gens pour se faire un chemin, on a pris nos bagages et on s’est mis à marcher. Mais cette bande de mouettes nous suivaient et ne cessaient de lancer des prix et de nous dire qu’ils avaient des piscines et qu’ils étaient près du lac etc, etc. L’un d’entre eux, qui s’était tenu à l’écart depuis le début, s’est approché de Jean-François et lui a chuchoté à l’oreille qu’il pouvait nous faire une chambre à 2$ la nuit. Comme il avait l’air plus relax et que le prix nous plaisait, on s’est dit pourquoi pas, et on l’a suivi. L’hôtel est situé juste un peu à l’écart de la ville (5 minutes à pieds) avec un petit jardin où se baladaient peinards une tortue et un paon. Sur le toit, on avait une super vue sur la montagne. En arrivant, Bunti (le gars de l’hôtel) nous a montré la chambre à 2$ et une autre à 5$. Comme la moins chère était parfaitement correcte (la seule différence était la vue, un peu moins pittoresque), c’est celle-là qu’on a pris… On a pu lire la déception dans le regard de Bunti. On a ensuite réussi à marchander une chambre à 250 roupies (5$) pour la foire de chameaux qui aura lieu à la mi-novembre. C’est vraiment bien, parce qu’on avait regardé un peu les prix et qu’on n’avait pas réussi à trouver en bas de 600 roupies (15$!!), ce qui aurait fait un large trou dans notre budget! La chambre qu’on a marchandée est grande comme un garde robe et on dormira sur des matelas à même le sol, mais on n’aurait pas trouvé mieux ailleurs, de toute façon. Et puis, on commence à s’habituer à la saleté et à l’inconfort… C’est drôle, quand même, parce que Bunti a encore une fois essayé sa tactique de chambre un peu crade dans notre budget versus une chambre potable un peu plus chère… mais comme on est pas trop regardants, il s’est encore fait avoir à son propre jeu!
Pushkar était effectivement très calme. Nous ne sommes pas restés longtemps, parce qu’on savait qu’on reviendrait pour la foire. J-F a quand même eu le temps de se faire presque encorner par une vache pour aucune raison (ce fut la première d’une longue série qui, à ce jour, continue encore). On s’est fait offrir à plusieurs reprises des fleurs destinées à être jetées dans le lac sacré de Pushkar… On a toujours refusé, un grand sourire au lèvres, parce qu’on s’était fait prévenir à l’avance que c’est une attrape à touristes. L’idée derrière cette arnaque est assez simple : si nous acceptons la fleur et que nous allons la jeter dans le lac, alors on te demande des centaines de roupies, et ils se mettent en bande pour que tu n’aies pas d’autre choix que de donner l’argent pour t’en sortir.
Après ce court séjour è Pushkar, on a pris le bus pour Chittaurgarh. C’est un nom qui semble pas très compliqué à prononcer, surtout si on le prend syllabe par syllabe… du moins c’est ce que l’on croyais! Arrivé au terminus d’autobus, impossible de se faire comprendre. Ils nous demandais tous ‘which city ?’ alors on a sorti le guide de voyage pour leur montrer le nom. Le responsable au kiosque d’info s’est alors exclamé : ‘Ah ! Chittaugarh !’ Céliane et Jeff se sont alors regardés, l’air un peu hébétés en se demandant où était le problème, et nous avons demandé à l’homme de répéter le nom de la ville. Nous avions beau répéter et répéter après lui, rien à faire! Il y a une nuance qu’on ne parvenait pas à entendre… Il nous a alors regardés, un peu découragé, et nous a pointé l’autobus à prendre. Même arrivés dans cette ville on n’a jamais été capables, selon les Indiens, de bien prononcer le nom. Là-bas, on a logé dans le seul hôtel de la partie fortifiée de la ville. On s’est dégoté une méga chambre qui ressemblait plus à une salle communautaire qu’à une chambre. Dans le fort, c’est comme si le temps s’était arrêté. Il n’y avait presque pas de véhicule. Tout était tranquille et c’était vraiment comme un petit village. On a marché pour visiter le fort et les temples. C’était superbe, vraiment. Et tranquille en plus. Et l’air qu’on respirait n’était pas saturé de pollution.
Puis, on a pris le bus pour Ujjain, une des sept villes importantes dans l’Hindouisme car il y coule un fleuve sacré. Le bus devait nous mener à Ratlam en cinq heures, d’où nous devions ensuite prendre le train pour Ujjain. Le trajet en a duré huit. Durant une des escales, Céliane qui a jeté sa pelure de banane par la fenêtre du bus, a failli se faire bouffer la main par une chèvre trop gourmande. On s’est finalement rendus à la gare de train de Ratlam où nous devions attendre le train jusqu’à 2 heures du matin. On s’est trouvé un petit coin au milieu de la gare où tout le monde dormait avec leurs couvertures et leurs oreillers. Nous avons patiemment regardé le temps s’écouler sur l’énorme horloge électronique. On était assis pas très loin d’un sâdhu (Les sâdhus sont des Indiens considérés comme des sages, qui vivent de la charité des gens. On a appris qu’un certain nombre d’Entre eux sont en fait d’anciens criminels qui se sauvent des autorités en se faisant passer pour des sages) qui parlait à quelqu’un d’invisible à côté de lui. Il parlait aussi aux vaches et aux chiens qui passaient. Malgré tout, il étais bien sympathique et il nous a même fortement recommandé d’aller prendre une chambre à l’hôtel au lieu de passer une partie de la nuit à la gare. Tout le monde autour se moquait de lui, dont une prostituée qui se croyait sensuelle quand elle relevait son sari pour se gratter frénétiquement la jambe… Nous, on trouvait qu’il avait l’air bien plus humain que tous les autres qui riaient de lui. Il avait l’air sans malice, enlevait les puces des chiens et nous disait de ne pas avoir peur des vaches, qu’elles étaient gentilles.
Lorsque est enfin venu le temps de prendre notre train, on s’est rendu compte qu’on avait des billets pour les wagons deuxième classe dans lesquels il n’y a pas de siège réservé… En fait, c’était un peu par accident qu’on s’est retrouvés avec des billets de cette catégorie, parce que le gars qui vendait les billets ne parlait pas un traître mot d’anglais, alors J-F a eu toute la misère du monde seulement pour lui faire comprendre qu’il voulait deux places (avec en plus une dizaine d’Indiens tout autour de lui qui essayaient de le shifter… On ne comprend pas trop d’où vient l’expression : se tenir en file Indienne. En fait, en Inde, tout le monde se pousse pour passer en avant de l’autre, ce qui forme plutôt des tapons!) Alors pour ce qui était de choisir la classe de nos sièges, c’était même pas à envisager! Lorsqu’on s’est aperçu qu’on n’avait pas de places assignées, on s’est tenu prêts à courir dès l’arrivée du train… Parce que les Indiens ne sont pas du genre à attendre que le train soit arrêté pour y grimper et s’y trouver une place! Dès que le train est entré en gare, on a donc ciblé un wagon qui avait l’air moins plein et on s’est lancés dans une course folle contre les Indiens, qui eux n’avaient pas d’énormes sacs à dos sur les épaules! Rendus au wagon, Céliane s’est dépêchée à grimper, mais lorsque J-F a tenté d’y mettre le pied, un policier lui a mis la main sur la poitrine et lui a dit : NO SIR! Only women, next couch for men. Qu’est-ce que vous voulez y faire… J-F s’est donc précipité vers le second wagon. Le problème, c’est qu’on n’avait qu’un seul billet qui prouvait qu’on avait payé pour deux. Céliane est donc sortie du wagon des femmes en panique et s’est précipitée dans le wagon des hommes, derrière Jean-François. Un policier a bien essayé de l’en empêcher, mais en voyant l’air affolé de Céliane il l’a laissée passer. Comme on est rentrés les derniers, il n’y avait plus de place. Il y avait des gens empilés sur les bancs et sur les portes bagages, les autres s’entassaient debout dans l’allée. Le seul endroit où on a pu se faufiler, c’est à côté des toilettes. Céliane est allée se foutre dans le coin le plus reculé pour ne pas trop se faire voir. Le vérificateur de billet a bien voulu, après quelques blagues, la laisser faire le voyage dans le wagon des hommes. On était assis par terre, près des toilettes, et ça sentait pas la rose… Sur le mur devant nous, on pouvait observer quelques coquerelles se promener. On a préféré ne pas vérifier si c’était la même chose sur le mur auquel on était accotés… À côté de nous, il y avait un vieux monsieur pas trop propre qui se raclait constamment la gorge avant de cracher de gros roupillons sur le mur, à deux pouces de nos jambes et du sac à dos de J-F. Il crachait juste en dessous du lavabo, en fait, trop paresseux pour se lever et cracher dedans. Quand on vous dit que les Indiens n’ont aucune conscience de l’autre et de l’environnement qui les entoure! On a préféré en rire, mais on était assez contents lorsqu’on est descendus, après deux heures de route.
Comme on est arrivé à 5 heures du matin, tous les hôtels étaient fermés. Ceux qu’on a réussi à réveiller nous ont renvoyés, nous disant que toutes les chambres étaient prises. On s’est gelé le popotin sur un banc de parc au milieu de la ville endormie et on s’est finalement trouvé une chambre dans un hôtel un peu crade, mais moins dégueu que le wagon d’où on sortait, où on a dormi tout habillés après la nuit blanche qu’on venait de passer.
À Ujjain, on est resté seulement deux jours. On a marché dans la ville sacrée (une des 58 villes sacrées de l’Inde… 58 villes sacrées, non mais!) où les pèlerins viennent se baigner dans la rivière et visiter les nombreux temples qui s’y trouvent.
Dans cette ville, il n’y avait pas de touristes… ou plutôt, que des touristes indiens! Nous n’avons croisé la route que d’un seul blanc. Et il nous a arrêtés pour nous parler parce qu’il trouvait lui aussi que c’était tout un évènement de croiser d’autres blancs becs comme nous autres. C’était un vieux de la vieille, un de ces trippeux revenu en Inde pour la enième fois. Est-ce qu’on vous a déjà dit que les standards de qualité des Indiens sont loin des standards occidentaux? On a cherché pour trouver une autre chambre d’hôtel, et le seul endroit qu’on a trouvé avait des murs gris chamoirés de noir (anciennement beiges) et des draps blancs tachés d’on veut pas savoir quoi… mais bon, à 2,25$ la nuit on n’est pas trop regardant là-dessus.
À Ujjain, il y avait beaucoup de petits boui-bouis, mais qui servaient tous la même maudite affaire, c’est-à-dire un espèce de riz aux chili (ou plutôt du chili au riz!) servis avec un truc sucré comme pas possible, du genre crise-d’hypoglycémie-instantanée! On a déjeuné avec ça une fois et ça nous a enlevé toute envie de remanger de ce machin-truc. Les Indiens, eux, vont jusqu’à mélanger la sucrerie au sirop dans le riz au chili… Pour nos estomacs pas habitués, ça provoque une drôle de sensation pas très agréable…
Le seul autre resto qu’on a trouvé où ils servaient autre chose que ça, c’était un endroit qui sentait le sous-sol humide. Il était décoré à la mode des années 70, avec des mosaïques de miroirs sur le mur en bois, des tapisseries de paysages qui recouvraient d’autres parties de murs, des banquettes orange et brunes… Dans ce resto, où on a mangé la majorité de nos repas, on a pu apercevoir quelques coquerelles (dont une qui sortait du pichet d’eau) un chat et un rat, sans compter le chien qui n’a pas réussi à franchir le comptoir de réception… C’était à se demander si le proprio n’avait pas l’intention de reconvertir son resto en SPCA!
Pour partir d’Ujjain, on s’est pris une couchette dans un autobus Sleeper. Erreur redoutable!
En embarquant dans l’autobus qui arrivait déjà plein d’on ne sait où, le gars de l’autobus était trop paresseux pour descendre mettre nos sacs dans la soute à bagages… dans le bus, on pouvait difficilement marcher à cause justement des valises de tout le monde qui encombraient l’allée, en plus d’une vieille qui s’était pris un siège assis pour économiser et qui avait décidé de dormir sur une pile de bagages au beau milieu de l’allée (J-F lui a échappé son énorme sac à dos sur la face par accident et elle n’a même pas bougé d’un poil pour nous laisser passer!). On a finalement mis nos sacs par-dessus d’autres et on est monté dans notre couchette qui était située complètement à l’arrière du bus. Le problème, c’est que la route qu’on a empruntée était jonchée de nids de poule immenses (bien pire que ceux de Montréal!) et comme on voyageait de nuit et que les routes étaient relativement désertes, le chauffeur avait le pied pesant… On n’a pas dormi de la nuit, trop occupés qu’on était à essayer de s’aggriper après n’importe quoi. De nombreuses fois, durant la nuit, les bosses nous faisaient faire des sauts dans les airs et nous projetaient la tête contre le mur arrière… Pas mal comme manège, mais pas 10 heures de temps !
Nous sommes arrivés à Udaipur avec un mal de bloc lancinant, des cernes jusqu’aux genoux et plus une goutte d’énergie. On s’est trouvé un rickshaw. L’endroit qu’on s’était fait conseiller s’est révélé être assez crade et trop loin de la ville à notre goût, alors le chauffeur de rickshaw nous a amené à l’hôtel de son ami ‘recommended by Lonely Planet, very well situated!’… Comme on n’avait pas trop de force pour s’obstiner (et encore moins pour marcher) on l’a laissé faire en se disant que de toute façon à partir de là, on n’aurait qu’à marcher pour trouver un autre hôtel. Arrivés là-bas, on est entrés pour demander les prix, mais il n’y avait rien dans notre budget. Alors on est sortis. Mais comme on sortait, le gars de l’hôtel nous a dit d’aller à l’hôtel juste à côté qui appartenait à son ami. Ici tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui est l’ami de l’autre qui va te faire un bon prix... Comme c’était pas loin, on y est allés, pour la forme. On est entrés, on a demandé les prix et c’était encore deux fois trop cher pour notre budget. Alors on est sortis. Mais comme on sortait, le gars de l’hôtel s’est mis à descendre ses prix, et à chaque fois qu’on faisait un pas, le prix baissait un peu plus… On a marché jusqu’à ce qu’il atteigne le prix qu’on voulait et on est revenus sur nos pour voir les chambres. La chambre qu’il nous a donnée s’est avérée être une des chambres les plus confortables qu’on a eu jusqu’à maintenant. Mieux que celle du ashram de Pondychéry et deux fois moins chère (voir ancien blogue). Deux pièces, grandes fenêtres, eau chaude, télé (qu’on n’a pas écoutée, mais quand même!) et propre en plus! Vraiment, après la crasse d’Ujjain, ça faisait drôlement du bien!
Udaipur est une ville très propre, avec des petites rues à l’Européenne, un lac, des palais, des hôtels, des magasins et des restaurants sur les toits d’à peu près tous les buildings du quartier touristique! C’était vraiment superbe, d’aller manger! Chaque fois, on avait droit à une vue différente de la ville. Au Rajasthan, les vendeurs ont compris que les touristes n’aiment pas la vente à pression… Ils te vendent tous leur salade en insistant beaucoup sur le fait qu’ils ne te mettent pas de pression. Ils insistent beaucoup pour te donner du thé et ensuite, ils insistent beaucoup pour te montrer tout ce qui se trouve dans leur magasin. Toujours sans pression. Et quand tu veux partir, t’en a pour dix minutes à te faire convaincre de revenir parce qu’ils sont donc gentils et qu’ils ne te mettent pas de pression… Finalement, le résultat reste le même, mais en plus sympathique. Et en plus t’as droit à un thé.
À Udaipur, on s’est bourrés la face de Chocolate balls, un mix entre un brownie et un macaron au chocolat. Et étonnamment, ça goûtait le vrai chocolat!
Après deux jours qu’on était là, après avoir visité le city palace (qui était vraiment magnifique!) on s’est mis en quête d’un guichet. On a trouvé au moins une bonne douzaine de guichets, mais lorsqu’ils n’étaient pas incompatibles avec nos cartes canadiennes, ils étaient à sec de billets… On a finalement trouvé un guichet où on a pu retirer un petit montant, juste assez pour tenir jusqu’à la prochaine ville!
Pour aller à Jodhpur, qui était l’étape suivante sur notre route, on a décidé de voyager de jour et de prendre des places assises dans un bus du gouvernement. C’est un peu comme voyager dans un vieux bus de ville de Montréal à l’heure de pointe. Pendant 10 heures. Ça a son charme…
Il faisait noir lorsqu’on est arrivés à Jodhpur. Le premier chauffeur de rickshaw nous a fait un prix honnête, alors on l’a pris. On a su plus tard qu’on était bien tombés, parce que les chauffeurs refusent normalement de se rendre à l’hôtel où on allait car cet hôtel ne leur offre pas de commission… On s’est pris une petite chambre très correcte et on est allés manger sur le toit du guesthouse. C’était bien parce que leur terrasse avait plusieurs niveaux. Nous, on est monté jusqu’en haut, où il n’y avait d’espace que pour une seule table et d’où on avait une vue imprenable sur le fort qui surplombe la ville en contrebas et sur la ville. Le soir venu, on entendait le chant des mosquées qui se faisaient écho de part et d’autre de la cité, vraiment superbe.
Le lendemain, on s’est baladés dans la ville et on est montés vers le fort qui surplombait la ville, sauf qu’on est partis dans la direction opposée du chemin qui menait à l’entrée. On s’est retrouvés à l’entrée d’un temple où un Indien de notre âge glandait. C’était dimanche. Quand il nous a vu, il s’est mis à nous parler… Normalement, quand les Indiens nous parlent, c’est pour nous demander de l’argent ou pour rire de nous. Mais celui-là avait l’air bien sympathique. Il nous a fait entrer dans le temple et nous a expliqué quelques trucs sur la religion hindoue et ses dieux. C’était vraiment super intéressant! Ensuite, il nous a conseillé de continuer notre chemin vers un autre temple situé sur la pointe du roc. Ce qu’on a fait. De là-haut, on pouvait voir toute la ville. Jodhpur est aussi surnommée la ville bleue, car la majorité des maisons de la ville fortifiée sont peintes d’un bleu éclatant. Anciennement, c’était les Brahmanes, gens de castes supérieures, qui peignaient leurs maisons de cette couleur, mais plus tard les gens ont découvert que le pigment utilisé dans la peinture bleue éloignait les tiques. À partir de ce moment, tout le monde qui pouvait se le permettre s’est mis à peindre sa maison en bleu.
À force de marcher, on a fini par se retrouver dans un quartier un peu plus pauvre de la ville. Normalement, les touristes sont concentrés dans un certain quartier et n’en sortent pas. Dans les quartiers pas touristiques, c’est fatigant parce qu’on se fait souvent harceler par les enfants qui veulent des roupies ou des crayons, les hommes font des blagues déplacées sur Céliane (ça se comprend aisément au ton employé et aux regards) et les vieux nous courent aussi après pour quêter. Mais bon, ce sont des choses auxquelles on s’attend maintenant, on en fait abstraction plus facilement. Mais cet après-midi-là, Céliane s’est fait lancer je ne sais quoi d’humide dans le dos par des enfants. Elle s’est retournée et s’est mis à leur gueuler après en anglais, leur disant qu’ils n’avaient aucun savoir-vivre… Au Québec, Céliane avait pour habitude d’ignorer ce genre d’imbéciles sur son chemin. Mais l’Inde l’a amenée à réagir beaucoup plus promptement face à ce genre de connards.
Nous sommes revenus à l’hôtel, un peu fatigués de l’Inde. La chambre que nous avions n’avait pas de salle de bain privée. Nous devions donc sortir pour aller à la toilette qui donnait sur la cour intérieure. Lors d’une de ses excursions au petit coin, Céliane était tranquillement assise sur le siège quand elle a aperçu une énorme coquerelle qui se dirigeait vers son pied… Elle s’est levée très promptement, effrayant l’insecte au passage qui s’est réfugié dans un coin. Céliane pouvait encore l’apercevoir et en l’examinant de plus près, elle s’est rendue compte que le cafard était aussi long que son pouce (Céliane s’est toujours fait dire qu’elle avait de longs doigts de pianistes, alors vous pouvez imaginer la grosseur de la chose!) Elle est revenue à la chambre un peu dégoûtée, laissant précautionneusement la porte ouverte, pour inciter l’insecte à sortir… Avant de se coucher, Céliane a dû se résigner à retourner aux toilettes, espérant que le cafard aurait déguerpi, mais lorsqu’elle a allumé la lumière de la salle de bain, c’est non pas une, mais deux énormes coquerelles qu’elle y a trouvées. Lorsque J-F y est allé, un peu plus tard, il est parvenu à massacrer l’une d’entre elles, la coupant littéralement en deux… mais quand il y est revenu, le lendemain matin, la tête avait disparue! On savait que les coquerelles résistaient à la bombe atomique, mais de là à survivre à la décapitation…
Le reste du séjour à Jodhpur s’est bien déroulé. On s’est bourré la face de peanuts fraîchement rôties, de lassi au safran (un délice!) et de raita aux légumes (yogourt avec ail, oignons, concombres et tomates) et un marchand de thé a beaucoup insister pour nous faire goûter (sans pression) à son thé au safran tout en nous expliquant comment différencier le vrai safran du faux.
On a ensuite pris le bus (du gouvernement, toujours) vers Bikaner. Le chauffeur nous avait fait mettre nos sacs dans sa cabine plutôt que dans la soute. Nous étions assis un peu plus vers l’arrière du bus et lors d’une escale quelque part au beau milieu de nulle part, nous avons vu quelqu’un marcher à côté du bus avec nos sacs à dos. J-F, qui était du côté de la fenêtre a fait un signe à Céliane qui s’est levée tellement vite qu’elle s’est assommée sur le porte-bagages. C’est là qu’on a vu le chauffeur qui nous faisait un gros sourire pour nous dire qu’il devait les mettre dans la soute pour faire asseoir des gens dans sa cabine… On a quand même eu un petit moment de stress!
On se rendait à Bikaner principalement parce qu’on avait lu dans notre guide que pas très loin de là, il y avait une toute petite ville nommée Kakoo située aux abords du désert. On ne savait pas trop comment on pourrait s’y rendre, mais on s’est dit que c’était pas perdu d’essayer. À Bikaner, il commence à y avoir plus de tourisme, mais pas tant que ça, parce qu’à part un fort, il n’y a pas grand-chose et que de toute façon, des forts, il y en a plein le Rajasthan. Y’a quelques touristes qui viennent ici pour faire des safaris à dos de chameaux dans le désert aussi.
Au terminus d’autobus, on était entourés de chauffeurs de rickshaw qui voulaient nous embarquer. On a négocié le prix pour se rendre à un certain hôtel. Lorsqu’on a embarqué dans le véhicule, le chauffeur nous a tendu la carte d’un autre hôtel, mais on a insisté pour qu’il nous amène à celui où on voulait aller. Il nous a alors débité un truc comme quoi la rue où se trouvait notre hôtel n’était pas accessible parce que c’était bientôt la Diwali (fête hindoue) et que les rues étaient barrées. On lui a dit de nous amener le plus près possible et qu’après on marcherait, ce à quoi il a acquiescé. Le salopard nous a amené à son foutu hôtel où il recevait des commissions pour amener des touristes… On lui a dit de nous amener à l’autre hôtel, mais il a recommencé avec son truc des rues barrées. C’est là que Céliane, exaspérée, sous les yeux étonnés de Jean-François, a dit au chauffeur d’un ton glacial qu’il était malhonnête et que puisqu’il ne nous avait pas amené là où on voulait, on ne le payerait pas. Et elle est sortie du rickshaw avec J-F et le chauffeur qui la regardait silencieusement. Lorsque Céliane se fut éloignée, le chauffeur a bien essayé de rouspéter quelque chose à J-F, mais il ne l’a même pas laissé commencer et l’a un peu engueulé avant de le laisser en plan pour aller rejoindre Céliane qui était déjà rendue dans la rue. On a ensuite demandé notre chemin à un Indien vraiment sympa qui nous a même négocié un rickshaw pour nous rendre à l’hôtel où on voulait aller.
Arrivés à l’hôtel, on avait vraiment l’estomac dans les talons. On a pris la chambre la moins chère, qui sentait la cigarette. On s’en foutait, on avait faim et on était fatigués. Lorsqu’on est allés remplir les informations avec le gars de l’hôtel, on lui a demandé s’il connaissait Kakoo et s’il savait comment s’y rendre. Il a dit que non, mais le type qui se tenait à côté de lui nous a dit qu’il organisait des safaris et qu’il se rendait là-bas le lendemain pour aller reconduire quelqu’un qui partait en safari. Il nous a dit qu’il pourrait nous y amener. Il nous faisait un bon prix, alors on lui a dit qu’on considérerait la chose.
Puis, il est revenus nous voir lorsqu’on était en train de manger au restaurant d’en face. Il nous a dit qu’il avait des chambres à louer chez lui, à 1$ la nuit, et il nous a invités à venir voir nous offrant de payer le rickshaw aller-retour. On s’est dit : Pourquoi pas? Il était assez sympa et ça ne coûtait rien d’aller voir…
En chemin, on a pu voir des chameaux tirer des charrettes un peu partout dans les rues. C’est la première fois qu’on en voyait en si grande quantité… Qu’est-ce qu’on avait hâte de voir la foire de chameaux de Pushkar!
Lorsqu’on est arrivés chez Prakash, on a été accueillis par ses quatre enfants et sa femme qui nous a offert du thé. Il nous a fait lire son livre de commentaires des touristes qu’il avait hébergés et qu’il avait amenés en safari. La chambre était bien mieux que l’autre qu’on payait 5 fois plus cher et en plus l’endroit était très paisible. Avec la Diwali qui s’en venait, on s’est dit qu’il valait mieux être ici qu’au centre ville. On lui a dit que le lendemain, on déménagerait chez lui et qu’on irait avec lui à Kakoo.
On est retournés à l’hôtel et on n’a pas très bien dormi… Quelque part au milieu de la nuit, J-F s’est réveillé pour aller à la toilette. Il a essayé d’ouvrir la porte, mais n’y parvenait pas. Quelqu’un avait fermé le loquet de l’extérieur et nous avait embarrés dans notre chambre. Heureusement, on avait une fenêtre qui donnait sur le corridor, alors on a pu finir par demander à quelqu’un de nous ouvrir. C’était vraiment une blague à la con. Et quand vous avez une envie qui presse, les minutes vous paraissent des heures ! Par chance, on s’en est rendus compte avant que Céliane n’ait dû se lever pour renvoyer son souper qui n’avait visiblement pas passé.
Le lendemain matin, on s’est rendus chez Prakash et sa famille. On a rencontré Marc, l’Anglais qui s’en allait en safari à dos de chameau. On est ensuite embarqués dans la voiture en direction du désert. On a fait un arrêt dans un temple où les rats sont adulés. Dans les temples Hindou, c’est obligatoire d’enlever ses chaussures pour entrer. On s’est donc baladés nu pieds parmi les rats en liberté et les pigeons (et leurs fientes)! Les rats avaient à leur disposition de grands bols de nourriture et de lait, mais ils semblaient tout de même assez mal en point.
Ensuite, on a repris la route vers le désert. On a laissé Marc (l’Anglais) avec son guide et ses chameaux et on est repartis vers Kakoo. En fait, on n’est pas vraiment allés à Kakoo. Prakash nous a expliqué que les gens de ce village sont de plus en plus habitués à voir des touristes et ils n’aiment pas ça du tout, ils trouvent ça un peu trop envahissant et sont devenus hostiles envers les touristes. Alors, il nous a amené dans la maison d’un de ses amis. En route, on s’est un peu perdu et l’auto a arrêté de fonctionner à quelques reprises. J-F trouvait que c’était une drôle d’idée de conduire une voiture, genre Lada, dans le désert, mais bon. Ce n’était pas un problème parce que tout ce qu’on avait à faire, c’était de pousser le char et il repartait comme si de rien n’était. Mais à un moment donné, on ne pouvait plus tellement pousser, parce que la voiture était un peu enlisée dans le sable… Comme on n’était plus très loin, on a marché jusqu’à la maison de terre et de paille. Ils nous ont offert à manger et J-F s’est pris d’affection pour un bébé chèvre. Un bel après-midi très relax. Quand est venu le temps de repartir, on s’est rendu jusqu’à la voiture. Ça a pris une bonne heure et quelques personnes de renfort pour parvenir à dégager la voiture et à la repartir. Pendant tout ce temps, Jean-François s’est vraiment demandé à quoi le chauffeur avait pensé de louer une voiture au lieu d’un jeep pour se déplacer dans le sable... Quand le véhicule est repartit, bon sang qu’on était soulagés de ne pas avoir à marcher jusqu’au prochain village, parce qu’on en aurait eu pour quelques heures, ça c’est sûr!
Avec la voiture, on s’est rendus jusque sur une dune de sable en périphérie d’un village. C’est là qu’on devait rejoindre Marc et son guide pour souper. On a regardé les chameaux arriver dans le soleil couchant. Puis, pendant que Prakash et le guide nous faisait à manger au bord du feu, nous on était couchés sur la dune, avec les scarabées qui nous chatouillaient les orteils, et on regardait les étoiles apparaître. La voie lactée et des milliers d’étoiles. Ça faisait un bail qu’on n’avait pas vu ça! C’était très paisible. On a mangé au bord du feu, et on est reparti vers la ville. Une bien belle journée, somme toute.
Le jour d’ensuite, c’était le jour de la Diwali. Ici, la fête de la Diwali serait un peu comparable à notre ô combien religieuse fête de Noëll. C’est l’occasion d’acheter de nouveaux vêtements, des feux d’artifice, de changer de cellulaire, de dépenser pour des décorations, d’acheter des cadeaux… et de faire quelques offrandes à la déesse Laxmi.. Les enfants étaient tout excités... Céliane s’est fait tatouer quelques motifs au henné sur le bras par une des enfants. Quand le soir est tombé, la petite famille a allumé plus d’une centaine de petites lampes à l’huile qu’ils ont répandues tout autour de la maison. Ils se sont ensuite tous habillés avec leurs nouveaux vêtements et ils ont prêté une robe Râjasthâni à Céliane. Ensuite, c’était l’heure de la puja, une sorte de petite cérémonie religieuse. Toutes les familles Indiennes ont un autel avec des représentations de leurs divinités favorites devant lequel ils font leurs prières et leurs offrandes. La Diwali, c’est la fête où l’on célèbre Laxmi, la déesse de la prospérité. Devant l’autel, ont été déposés fruits, sucreries, argent, or, encens bijoux. La mère et la plus vieille des filles ont chanté l’ode à Laxmi et on a ensuite tous eu droit à la tikka (petit point rouge au front) et à un cordon autour du poignet, pour la chance.
Après la puja, les enfants sont allés mettre d’autres nouveaux vêtements qu’ils avaient reçus, puis la mère a commencé à préparer le repas pendant que Prakash et les enfants (incluant J-F) se sont lancés dans les pétards de toutes sortes. Il y avait ceux qui faisaient un vacarme du tonnerre, ceux qui tournaient comme des toupies en faisant des flammèches de toutes les couleurs, les mini-fusées qui éclataient dans le ciel et bien d’autres encore! Les enfants s’amusaient à les allumer sous nos yeux un peu inquiets… Le plus petit, Sandip, devait avoir quatre ans! On a pu entendre les pétards éclater sans arrêt partout dans la ville, jour et nuit, pendant deux jours! Sans compter que certaines personnes avaient peur de rater la Diwali, ils avaient donc commencé a faire sauter leurs pétards une bonne semaine en avance et que les retardataires, et ceux soucieux de bien faire les choses, ont continué leur manège durant les trois ou quatre jours suivants. Il faut bien écouler les inventaires…
Après, ça été le souper de Diwali. Des chips au chili avec des desserts dans le sirop. On s’est couchés l’estomac un peu à l’envers, mais heureux du beau moment qu’on venait de passer avec cette petite famille.
Le lendemain, on est allés se promener dans la vieille ville fortifiée. En chemin vers là-bas, Céliane s’est fait subtilement tâter les fesses par un Indien qu’elle s’est mise à frapper tout en l’engueulant. Il s’est sauvé. Encore une fois, Céliane n’aurait jamais pensé en arriver au point de frapper des étrangers. C’est la répétition de ce genre de truc qui fini par vous pousser à bout.
En entrant dans la partie fortifiée de la ville, un jeune Indien de notre âge a commencé à nous parler. Au départ, on était un peu réticents, surtout après ce qui venait d’arriver, mais il a offert de nous montrer où était le temple qu’on voulait aller voir. Il s’est avéré être très gentil. Un étudiant en histoire.
À un moment de la balade, Céliane s’est fait attraper un sein par un enfant. Il était avec ses amis et il se trouvait très drôle… Céliane s’est retournée, l’a attrapé par le bras en l’engueulant un peu et lui a donné une petite tape derrière la tête. Rien pour lui faire mal, même qu’il riait. En fait, elle l’a fait juste pour le principe, pour qu’il comprenne que ce n’était pas une chose bien, mais elle était assez troublée parce que le petit il ne devait pas avoir plus de six ans.
Heureusement, le gars qui était avec nous était assez sympathique pour nous faire oublier l’épisode. Il nous a fait faire quelques détours pour nous montrer des havelis (habitations indiennes), et le marché aux épices. Comme on était le lendemain de la Diwali, tout était fermé. Notre nouvel ami nous a donc amenés visiter un ancien haveli qui a été reconverti en hôtel très luxueux (75$/nuit). C’était vraiment très bien comme ballade, avec notre guide qui ne nous a même pas demandé d’argent!
Le soir, Marc est revenu de son safari avec son guide. On a mangé les restes du repas de Diwali et Prakash a sorti une bouteille de fort. Le guide, un villageois du désert, s’est calé au moins les deux tiers de la bouteille à lui tout seul et dans un laps de temps assez court… Il s’est mis à danser, nous entraînant avec lui dans des rondes un peu étranges et maladroites. Il avait beaucoup de plaisir, mais faisait un peu peur au petit Sandip. J-F est allé racheter d’autres pétards qu’on a fait sauter au grand plaisir des enfants! Un peu plus tard dans la soirée, J-F s’est rendu aux toilettes et s’est mis les deux pieds dans quelque chose de visqueux…Dans les maisons et les jardins Indiens, il est généralement de mise de marcher pieds nus. Lorsqu’il a allumé la lumière, il s’est rendu compte qu’il avait les deux pieds dans le vomi du guide qui n’avait vraisemblablement pas eu le temps de se rendre jusqu’à la bécosse…
Malgré tout, ce fut, encore une fois, une soirée superbe et mémorable.
Le lendemain, on s’est rendus jusqu’à Kolayat dans un autobus qu’il a fallu pousser pour qu’il démarre ?!? On avait fait l’expérience des voiture qu’il faut démarrer en poussant, mais un bus, c’est un peu moins rassurant… On a tout de même fini par se rendre! Kolayat est une autre des 58 villes sacrées de l’Inde. C’est une petite ville assez simple qui possède un lac sacré et… rien d’autre. On est arrivés, on a fait le tour du lac et on est revenus.
Nous avons terminé la journée à Bikaner, ou nous sommes allés visiter le fort. C’était vraiment très beau et on avait même un guide qui accompagnait notre groupe et qui essayait très fort de nous expliquer les choses. Il avait un accent presque incompréhensible et la visite a sûrement duré deux fois plus longtemps que la normale tellement on l’a fait répéter de fois!
Prochaine destination : Pushkar et la foire aux chameaux!

















3 comments:
Des photos de vous,c'est bien de vous voir joyeux et en forme.Encore une fois vos photos et votre reçit agrémentent notre quotidient...ah ces indiens comme ils sont polis et propre...mais si ils en sont ainsi cela est probablement à cause des propre castes qu'ils ont crée depuis des millénaires,tout cela pour vous dires que de découvrir vraiment comme ils sont et comme ils vivent nous impressionnes beaucoup....cela vaut bien des documentaires que nous avons vu, car ils ne nous montraient seulement leur pauvretée et non leur réelle façon de vivre et qui parrait à nos yeux tout a fait normal pour eux...très très interressant....bien continuer votre bon travaille tout en voyageant....nous vous suivons pas à pas dans votre aventure.... à la prochaine...serge et denise
On vous suit toujours...
On vit avec vous des moments précieux...On revit avec vous notre propre voyage en Inde...
On pense à vous.
Éric Et Nancy
Bonjour vous deux...
Quel beau voyage et combien belle expérience vous vivez ensemble présentement.Vous nous faites voyager au travers vos images et commentaires très intéressants. Malgré les quelques embûches et imprévues qui remplissent vos journées c'est un "trip" que vous ne serez pas près d'oublier, mais combien enrichissant.
J'ai appris que vous alliez peut-être faire du parapente au Népal, si ce n'est déjà fait, vous vivrez des sensations comme jamais . Si le temps vous le permet pourquoi ne pas essayer le Deltaplane , un sport pour les jeunes de ...à 77 ans, c'est l'endroit idéal. Une façon comme une autre de s'envoyer en l'air :)
Nous vous souhaitons une bonne fin de voyage... et si l'envie vous prenait de venir nous retrouver, nous habitons un coin de pays qui vous attendra les bras ouvert.
En passant... Joyeux Noel & Bonne année à vous deux. Continuez votre aventure et Soyez rudents.
Au plaisir!
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