Saturday, September 22, 2007

Les rudiments de la vie Indienne

Après 5 jours à Mamallapuram nous étions dus pour un brin de changement. Le patron de l’hôtel nous avait fait un ‘deal’ de la mort : il réduisait le coût de la plus belle chambre de moitié, pourvu qu’on paye pour 5 jours. Plus jamais on nous y reprendra… après 3 jours, nous avions déjà fait le tour!

Le matin du 6e jour nous sommes donc partis à la première heure pour arriver le plus tôt possible à Pondichéry (ou Pondy comme disent les locaux). Sortis de l’hôtel, nous arrêtons un auto-rickshaw (nom indien du tuk-tuk thailandais) et lui demandons de nous conduire à l’arrêt d’autobus qui nous conduira vers l’ancien comptoir Français.

Nous restons une peu surpris lorsqu’il s’arrête à l’intersection de 2 grandes routes, un peu à l’extérieur de la ville. Un peu hébétés, nous débarquons nos sacs à dos du petit véhicule. Il n’y a ni signe, ni abri, ni pancarte. Un léger doute plane… Nous finissons par apercevoir deux-trois personnes qui glandent au bord de la route et en déduisons que ce doit être là que nous devons attendre.

Nous regardons les différents autobus passer sans trop savoir comment faire pour distinguer celui qui nous mènera à bon port. Ayant probablement remarqué notre désarroi, une âme charitable nous promet de nous faire signe lorsque l’autobus arrivera. Quelques minutes plus tard, notre guide pointe l’horizon en disant « Bus ! Puducherry! » et nous voyons un autobus arriver à toute allure. Le bus ralentit à peine et, à notre grande stupéfaction, déborde de passagers. Impossible d’y embarquer avec nos sacs, il n’y a même pas assez d’espace pour une personne de plus. Du moins c’est ce que nous croyions! En regardant le bus s’éloigner, nous apercevons notre guide courir à côté du bus, trouver un endroit où agripper une de ses main ainsi qu’une minuscule brèche où déposer un de ses pieds… Et hop ! Le bus repart à pleine vitesse avec un passager supplémentaire. Mais est-ce qu’une personne qui n’a que la moitié d’un pied dans le bus peu être considérée comme un passager ? En Inde il semble que oui!


Après cette petite mésaventure, nous sommes un peu découragés. Avec les sacs qu’on a, on s’imagine bien mal devoir se cramponner à l’autobus, la face dans le vent, deux heures durant. On se rassoit donc par terre, se demandant maintenant si un jour un autobus aura une petite place pour 2 ‘westerners’ avec des sac-à-dos aussi gros qu’eux-mêmes. Débrouillards que nous sommes, nous fouillons dans notre guide de voyage pour voir les diverses possibilités de liaison entre Pondy et Mamallapuram. Louer une voiture ? Trop cher… Une moto, pas assez d’espace pour les 2 sacs… Le taxi? Plus cher que la location d’une voiture… Ne reste d’autre solution, que d’affronter la rude épreuve du bus.

Les autobus qui passent nous semble tous plus bondés les uns que les autres. Certains ne prennent même pas la peine de ralentir, ils sont au maximum de leur capacité (en fait, ils penchent dangereusement sur le côté des portes, où sont cramponnés quelques Indiens). En voilà un, finalement, qui ne semble pas trop plein. Nous reprenons espoir, il ralentit, nous constatons, à notre plus grande joie qu’il y a assez d’espace pour nous. Mais juste au moment où nous allions grimper, des indiens, qui attendaient aussi, courent vers le bus, nous dépassent et dans un excès de courtoisie, nous bousculent, montent dans le véhicule et prennent toute la place… C’est promis, la prochaine fois on joue des coudes et il n’y en aura pas un qui montera avant nous dans le bus. Nous leur souhaitons de savoir jouer au Football américain, car sinon c’est nous qui leur enseignerons!!

Quelques autobus plus tard, il y en a un qui ralentit. Le changeur, d’un sympathique air impatient, nous fait signe de monter ‘’Faster, faster!!’’ L’autobus n’a même pas pris la peine de s’arrêter, c’est juste s’il n’a pas accéléré quand Jean-François était pour y monter. Mais nous voilà du moins en route pour Pondichéry! Environ 2h30 de trajet et tous les bancs sont pris. Une gentille indienne fait un peu d’espace pour que Céliane puisse s’asseoir. Jean-François a bien l’impression que c’est debout qu’il fera le trajet.

Notre autobus est plus luxueux que la normale : il possède un téléviseur qui passe un film local, en tamoul. C’est à cette télé que J-F doit sa place assise dans l’autobus. En effet, vu sa taille, il cachait une certaine partie des passagers qui voulaient regarder le film. Ils n’ont donc pas eu d’autre choix que de lui trouver un petit coin pour pouvoir continuer à visionner le film en toute quiétude.

Pas déçus d’être arrivés à Pondichéry, nous sortons de la gare d’autobus afin d’éviter la foule harcelante de vendeurs, de chauffeurs et de guides de toutes sortes qui nous considèrent littéralement comme des roupies sur deux pattes. Sur la rue, nous arrêtons un auto-rickshaw et fixons notre tarif pour la course vers l’International Guest House. En chemin, le chauffeur tente de nous convaincre que nous serions beaucoup mieux d’aller à un autre hôtel qu’il connaît bien. Nous déclinons poliment son invitation et lui demandons de nous emmener à notre destination. Il zigzague dans les rues de la ville et sans prévenir, s’arrête devant le Soorya International... On lui redit fermement de nous conduire au International Guest House. Il repart, un peu déçu que nous n’ayons pas confondu les deux hôtels aux noms similaires, et nous ressert le même discours en nous disant qu’il n’y aura pas de chambre de libre et que nous serions mieux à l’autre hôtel. Nous le soupçonnons fortement de recevoir une commission pour chaque client qu’il y emmène. Chose que nous avons pu confirmer lorsque nous avons marchandé, quelques jours plus tard, un auto-rickshaw de la même compagnie et qui a accepté de baisser le prix de la course quand nous avons mentionné que nous voulions aller au Soorya International. Nous nous rendions, en fait, dans un guest house juste à côté… L’expression de son visage, lorsqu’il nous a vu partir dans la direction opposée, valait tout un tas de roupies!

La première chambre que nous avons prise, à l’International Guest House, est sans doute la plus propre et la plus spacieuse que nous nous sommes offerts. Elle coûtait, certes, un peu plus cher (10$ la nuit à deux), mais bon sang qu’elle était grande! Et comme l’hôtel appartient à l’Ashram de Sri Aurobindo, la communauté religieuse de la ville (80% des bâtiments de la partie française de Pondichéry leur appartient), tout était blanc, propre et zen. Il y avait même un petit bureau et un espace libre juste assez grand pour faire son yoga le matin!


Pour les curieux, Sri Aurobindo c’est un philosophe Indien qui est devenu un guide spirituel pour plein de gens de partout dans le monde. Il était assisté d’une femme française que tout le monde appelle The Mother. Tous les deux sont morts, mais leurs photos sont affichées, telles les images des divinités indiennes, un peu partout dans la ville et dans les bâtiments de l’Ashram. Dans notre guest house, il y avait d’ailleurs une salle de méditation ou de lecture avec leurs photos et pleins de livres qu’ils ont écrits.

Tout ça pour dire qu’on était bien contents de notre chambre, mais qu’on ne l’a pris que pour une nuit, car le lendemain on était hébergé à l’ONG où Adrian, un français qu’on avait rencontré par Internet, faisait un stage de coopération internationale dans le cadre de ses études en commerce.

Le jour suivant, donc, après un déjeuner croissants-chocolatines-café-au-lait (Pondichéry est un ancien comptoir français, ne l’oublions pas!) on se rend à Poornankuppam, un petit village situé à 10km de Pondichéry. Adrian nous fait d’abord faire le tour du propriétaire, nous présente à tout le monde et nous montre notre chambre. En fait, c’était une grande pièce vide, sans porte et avec un toit de feuilles de palmier, qui sert quelques fois de salle de réunion. Il y avait trois petits lits de camps déjà occupés par d’autres résidents de l’ONG. Nous, notre place était par terre, sur le plancher de ciment. Comme on nous héberge gratuitement, on ne va certainement pas s’en plaindre! On s’est tout de même acheté, avant le soir, un filet anti-moustiques que nous avons pris soin de bien refermer sous nos sacs de couchages, histoire de ne pas se réveiller avec une coquerelle dans le nez ou un rat sur l’épaule…

Adrian nous a ensuite amenés à la plage. Sur le chemin, nous avons croisé un nouveau développement de maisons en ciment. Elles ont été construites par de grosses compagnies afin de venir en aide aux victimes du Tsunami. Le lot peut certainement accueillir jusqu’à 600 personnes, mais seulement quelques unes d’entres elles sont habitées. Pour répondre aux besoins de toutes les victimes du village, il aurait fallu construire pour 1000 personnes. Par solidarité pour les 400 personnes qui resteraient sans foyer, ou pour on ne sait trop quelle raison, la plupart des gens restent à l’écart du lotissement.

La plage était magnifique et déserte.

À l’ONG, on s’est vraiment immergés dans la vie quotidienne des Indiens. Avec la bouffe indienne trois fois par jour (encore et toujours beaucoup trop épicée pour Céliane… C’est à se demander si elle s’y fera un jour!), la douche avec un bac d’eau et un robinet au ras le sol, le visionnement de matchs de criquets le soir à la télé, une vieille tout à fait sympathique (ne parlant pas un mot d’anglais) qui fait le ménage pour tout le monde (comme il n’y a pas de poubelle, tout le monde jette tout par terre et c’est la vieille qui ramasse…) et qui a montré à Céliane comment porter le sari... Elle nous aimait bien, la vieille. Le plus drôle, c’est lors d’une des soirées où son petit-fils nous enseignait quelques mots de tamoul, langues aux milles subtilités sonores, et qu’on essayait de lui dire merci. Elle riait, avec ses dents toutes noires, de notre accent minable… On s’est bien amusés!

La première fois qu’on est allés manger avec Adrian et Ronald (un Indien qui travaille à l’ONG) au restaurant, ils se foutaient de notre gueule (va falloir s’y faire!) parce qu’on avait vraiment des appétits d’oiseaux à côté d’eux! Céliane a mangé pour moins de 0,25$...

Puis, avec Adrian, on s’est rendu dans les collines de Kalvarayan. C’est une région très pauvre qui a peu de contact avec l’extérieur et où œuvre l’ONG pour essayer d’aider les gens à améliorer leurs conditions de vie. Pour s’y rendre, il a fallu prendre un autre autobus. On commence à être experts! En fait, les bus ne coûtent presque rien, alors ça vaut vraiment la peine de s’y entasser! À l’heure de pointe, ça joue vraiment des coudes… Et des autobus bondés, c’est pire que les wagons du métro de Montréal après une panne à l’heure de pointe. Et c’est dangereux, en plus, surtout si vous êtes au bord de la porte (il n’y rien qui referme la porte, seulement une ouverture) quand vous êtes à peine accrochés dans les escaliers et que vous devez supporter le poids de tout le monde qui déborde de l’intérieur! Il y a aussi plein de règles pas très claires que pas tout le monde ne respecte, mais qu’on est mieux de suivre si on ne veut pas se faire gueuler dessus par une femme outrée toute la durée du trajet! Par exemple, c’est les femmes derrière et les hommes devant. Mais des fois il y a des femmes devant et des hommes derrière. Lorsqu’on s’assoit sur des bancs de trois, on n’a pas le droit d’asseoir un homme entre deux femmes ou l’inverse. Ça provoque quelques fois des parties de chaises musicales!

Plus on s’éloignait de Pondichéry, plus on sentait les regards se poser sur nous. Peu de blancs se rendent aussi loin… Nous avons même provoqué un attroupement, à l’une des stations d’autobus, pendant qu’on dégustait quelques samosas (Un genre de eggroll délicieux en forme de triangle et en plus épicé, évidemment!). Les gens s’étaient rassemblés autour de nous et nous observaient, comme s’ils étaient au zoo… Un peu troublant!

On a quand même fini par se rendre à Velli Malai, d’où il fallait prendre un sentier pour se rendre à Thail Vannyur, à 1h30 de marche de là. Le problème, c’est que le soleil se couche vers 18h ici, et qu’il était autour de 18h lorsque nous avons entamé notre marche. Alors on s’est perdus et on a abouti dans un petit village de rien du tout, en pleine noirceur. Malchance qui s’est avérée être une bien belle aventure. Jamais nous n’aurions pensé dormir dans une petite maison de terre au milieu des collines!


Le lendemain, on a finalement retrouvé notre chemin et on s’est rendus au centre de l’ONG. Là-bas, on s’est fait un peu harceler par les enfants qui voulaient toujours se faire prendre en photos, mais ils étaient tous bien mignons quand même! Céliane a joué à la coiffeuse avec les petites filles, qui se sont fait un malin plaisir à la coiffer en retour, avec des fleurs dans les cheveux. Elle a même eu droit au traditionnel petit point rouge au milieu du front.


Nous avons visité quelques villages, dont un où nous avons été particulièrement bien accueillis. Un des hommes du village parlait un peu d’anglais. Ils nous ont offert du thé, du lait de coco dans sa noix, de l’eau bouillie pour remplir notre bouteille et même un petit verre d’alcool maison pas mauvais du tout!


Si ça vous intéresse d’en savoir plus sur l’ONG et sur notre aventure dans les collines de Kalvarayan, vous lirez notre reportage… À venir bientôt!

Après quatre jours, nous sommes revenus à Pondy. Comme Adrian devait rester sur place pour finaliser quelques trucs, nous sommes rentrés tous seuls, comme des grands! Tout s’est bien passé, sauf lorsqu’on a voulu savoir si on pouvait débarquer à Poornankuppam ou s’il fallait continuer jusqu’à Pondy pour ensuite prendre un autre bus. Le gars de l’autobus nous a mal compris et voulait qu’on descende dans une ville qu’on ne connaissait pas du tout! Alors on a refusé et on lui a dit qu’on irait au terminus de Pondichéry. Mais il s’est mis à nous gueuler dessus pour qu’on descende. En tamoul, pour être bien sûr qu’on ne le comprenne pas. Tout le monde nous regardait, mais nous, on ne voulait pas descendre. Et les autobus, ils ne s’arrêtent pas, normalement, ils ne font que ralentir. Et là, il était complètement arrêté, avec le gars qui hurlait et nous qui restions obstinément assis en disant ‘’Pondichéry! Pondichéry!’’ L’homme a fini par (probablement) nous insulter sauvagement avant de donner le signal au chauffeur de repartir. Ce fut un peu troublant…

À Pondichéry, on s’est trouvé une autre guest house, un peu moins chère cette fois, mais avec un mur troués de petits motifs en guise de fenêtre. Très aéré, c’était super. Est-ce qu’on vous a déjà dit que les Indiens étaient plus petits que nous? On a dû se cogner le front une bonne douzaine de fois, chaque fois qu’on prenait les escaliers pour se rendre à notre chambre!

À Pondy, on a pris quelques jours pour visiter tranquillement. D’ailleurs, lors d’une de nos ballades au bord de l’océan, le soir du 12 septembre (Bonne fête Jean-François!), on s’est fait escorter à distance de la berge par un policier. Là où il nous a dit d’aller, il y avait un petit attroupement d’Indiens. Ils attendaient de voir si l’alerte au Tsunami (celui qui venait d’Indonésie) allait se concrétiser! On est restés avec eux, pas trop rassurés, mais curieux. Quelqu’un nous a expliqué que Pondy était situé entre deux rivières, ce qui créait une sorte de barrière naturelle contre les Tsunami qui se séparait dans les rivières plutôt que sur la ville. Ce sont les villages autour qui se sont fait détruire lors du méga Tsunami il y a quelques années, mais Pondichéry est resté intact. Les Indiens n’avaient donc absolument pas peur de rester près de l’océan lors de l’alerte cette semaine.

Après une heure à attendre le Tsunami, on était un peu tannés, et on avait faim. On a décidé d’aller manger, et on s’est commandé une bière… Quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver une théière! Quelques fois, les restos n’ont pas de permis d’alcool, alors ils s’arrangent pour en servir quand même, mais de façon plus subtile. C’est donc un Special Tea que l’on nous a servi…

Le lendemain, on a visité un peu Auroville, mais ce n’est pas vraiment un endroit pour les touristes. C’est une communauté internationale qui a été fondée par The Mother selon les principes de Sri Aurobindo dont on vous parlait plus haut. Les Aurovillois sont un peu saturés de voir plein de curieux qui passent et qui remettent en question leur mode de vie avant même d’en comprendre l’essentiel. Les opinions sur les principes et le mode de vie des Aurovillois diffèrent, autant chez les touristes que chez les Indiens. Nous, on croit que quelques jours ne suffisent pas pour se forger une opinion, alors on a décidé d’aller voir ailleurs.

On s’est loué un petit scooter et on s’est rendus jusqu’à Chidambaram, à 2h de Pondichéry, pour visiter un temple hindou immense et magnifique. La particularité de cet endroit, c’est que les moines vouent un culte à Siva et à sa femme, Parvati. Et pour symboliser cela, ils portent les cheveux courts sur la moitié inférieure de leur cuir chevelu (le toupet, les favoris et la base de la nuque) alors que la partie supérieure de leur tête est garnie de cheveux longs noués en chignon sur le devant de leur tête. C’est une communauté exclusivement masculine. Ils portent un sarong blanc (sorte de paréo), torse nu. Avec leur toque dans les cheveux et leur longue jupe blanche, les jeunes moines de vingt ans, filiformes et délicats, auraient fait fureur au cabaret Mado.

De retour à Pondichéry, on s’est arrêtés dans un petit magasin de DVD où on s’est procuré un DVD qui contient quatre films et qui nous a coûté un gros 0.75$! On a aussi goûté aux chips Lay’s version Indienne… On a pris des sacs miniatures pour pouvoir tout essayer! Il y avait d’abord Magic Massala, qui goûtent comme les All Dressed, mais en plus épicées. Ensuite, on pouvait déguster les Spanish Tango; des chips au ketchup plus sucrées et plus piquantes en même temps! Et pour terminer, les fameuses Mint Mischief (ou quelque chose du genre) qui goûtent exactement comme la sauce à la menthe qu’on peut manger au restaurant afghan Kyber Pass à Montréal (ceux qui n’y sont jamais allés devraient se réserver une petite soirée là-bas, c’est délicieux et c’est un apportez votre vin!), mais en plus piquant, évidemment! Petit haut le cœur de Céliane qui se rabattra désormais sur les chips nature.

Nous voici maintenant prêts à partir pour Delhi… 3h d’autobus suivies de 37 heures de train… toujours en classe sleeper, budget oblige!

Monday, September 10, 2007

Short stop à Mamallapuram

Pour se rendre de Kolkota à Pondichéry, le moyen le plus économique est d’effectuer le trajet en train. Et comme tout ce qui est économique comporte souvent certains inconvénients, notre trajet a duré au total 29 heures. (À noter que notre vol Montréal-Bangkok, incluant les escales, durait 31h.) Évidemment, tenant compte de notre maigre budget, nous avons décidé de prendre la catégorie de siège de classe moyenne : un « sleeper ». Wagon dans lequel tous les occupants ont un siège ainsi qu’une banquette pour dormir… (L’utilisation du mot lit serait ici un peu mensongère!) Est-ce que nous vous avions dit que les indiens sont, en général, plus petits que nous ? Ce petit détail, que nous trouvions pourtant assez anodin, a pris toute une autre ampleur lorsque nous avons découvert la taille de nos couchettes dans le train… Ceci dit, le trajet s’est effectué avec seulement quelques courbatures et nous a permis de voir du pays.



Bien entendu, nous n’avions pas choisi le luxe, mais nous n’avions pas non plus choisi le pire. Certains wagons ne sont affublés que de bancs en bois et n’ont pas de sièges assignés. C’est donc la folie furieuse lorsque le train entre en gare, car tout le monde s’y précipite afin de s’y trouver une place où s’asseoir!

Le train ne se rendait pas directement à Pondichéry. Nous avons donc fait escale à Chennai (Madras), une des quatre grandes villes de l’Inde.

Nous sommes arrivés à Chennai à 21h30 et nous désirions trouver un endroit où passer la nuit le plus rapidement possible. Merci à notre Footprint (guide de voyage) pour les quelques bonnes adresses d’auberges à prix modique, mais surtout pour la carte qui a permis à notre chauffeur de tuk-tuk (petit taxi à trois roues) de nous mener à bon port! En Inde, tous les chauffeur de taxi, ou de tuk-tuk, ne connaissent pas nécessairement la ville dans laquelle ils travaillent…

Autre léger inconvénient, les hôtels et guesthouse étaient tous déjà remplis. Quelle idée de vouloir trouver une chambre lorsqu’il est presque 22h30!!

Mais après avoir cogné à presque toutes les portes des auberges du quartier, nous avons dégoté une sympathique petite chambre aux murs complètement délabrés, avec une toilette turque qui empestait, une douche qui n’en était pas une, des millions de fourmis et d’araignées qui se baladaient sur les murs de la salle de bain et le courant électrique qui fonctionnait une fois sur deux. Le garçon de l’hôtel s’est fait une joie de répandre du Fe-Breeze devant nous pour cacher les odeurs. Il en a tellement mis que nous avons dû lui demander d’arrêter, car ça devenait irrespirable. Le prix d’une nuit dans cet endroit miteux où l’eau coule du plafond en plein milieu des corridors et où les boites électriques sont des trous béants dans les murs : 300 roupies (7,50 $CAN). C’est la chambre la plus chère que nous ayons louée depuis notre arrivée en Asie.

Heureusement, les autobus pour Mamallapuram partaient toutes les 15 minutes à partir de 6h30 du matin! Nous avons accueilli cette information avec une grande joie! Nous avons dormi tout habillés par-dessus nos sacs de couchage et sommes partis à 6h de la chambre.

Arrivée à Mamallapuram, petite ville de bord de mer, où les bruits de klaxon sont remplacés par le son des artistes qui travaillent la pierre.



En nous promenant dans les rues de la ville, nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs sculpteurs qui nous ont fait visiter leurs ateliers.

L’économie de la ville repose sur la sculpture, la pêche et le tourisme. Comme nous avons la chance d’y être venu en basse saison, nous profitons du calme de l’endroit. Mais à voir le nombre d’auberges, de restaurants et de magasins à l’attention des touristes, tout ne doit pas être toujours aussi paisible… Les restaurants sont d’ailleurs peuplés de cool dudes indiens, qui ressemblent à nos granos de Montréal, mais en plus bronzés. Nous avons aussi fait la connaissance d’un vieil hippie, tout vêtu de blanc, qui dit se prénommer ‘Free-and-cool’.

Pour sortir un peu du village, nous avons loué une petite mobylette. Après plusieurs (vraiment plusieurs) essais infructueux, J-F a finalement compris comment démarrer notre machine sans étouffer le moteur. Il a aussi presque écrasé un chien… Nous avons profité de notre engin pour aller visiter la ferme des crocodiles, où nous avons eu droit à un exposé sur les serpents vénéneux et à une démonstration de l’extraction du venin de l’un de ces serpents.

Il nous est arrivé une expérience un peu inusitée lorsque nous étions à la ferme de crocodiles. Nous étions tranquillement assis en train de déguster une petite collation (des chips Lays à l’indienne… c'est-à-dire, ENCORE ÉPICÉES!!) quand, tout à coup, des indiens sont venus à nous en disant ‘Picture? Picture?’. Un peu surpris, nous avons pensé qu’ils voulaient nous photographier ensemble, avec notre appareil, pour qu’on ait une photo genre nous-en-amoureux-devant-les-crocodiles. Nous avons donc poliment décliné leur offre en leur disant que nous n’avions pas besoin de photo souvenir. Mais devant leur insistance, nous avons compris qu’ils désiraient se faire photographier en notre compagnie par leurs amis! Un peu pris au dépourvu et sans trop comprendre ce qui se passait, nous avons accepté... Grave erreur! Il nous a fallu tout d’abord prendre un cliché avec tout le groupe, ensuite celui qui prenait la photo (à l’aide de son téléphone cellulaire, bonjour les belles images!) voulait changer de place avec quelqu’un pour aussi avoir un souvenir de lui en notre compagnie. Mais ce n’est pas tout! Le reste de leurs copains, qui étaient en train d’acheter leur billet d’entrée, sont arrivés. Encore une photo de groupe, et une autre pour le photographe! Bien entendu, ils ont aussi tenu à se faire prendre en photo un à la fois à nos côtés…

Après nous en être finalement sortis, Céliane, ayant encore un peu la va-vite, en a profité pour se ruer aux toilettes avant d’amorcer la visite de la ferme pour de bon. Pendant ce temps Jean-François glandait un peu, de gauche à droite, observant un enclos contenant quelques 591 crocodiles en train de se faire dorer la couenne. Se retrouvant soudainement entouré d’enfants, il s’est demandé quelle en était la raison… En se retournant : CHEESE ! Il s’est vu mitraillé de flashs, et les indiens se l’arrachaient sauvagement, comme s’il était Boule de Neige ou le Bonhomme Carnaval…

Nous n’accepterons plus jamais ce genre de propositions!


De retour à Mamallapuram, nous sommes allés voir le Krishna ButterBall, un immense rocher en forme d’œuf qui semble constamment sur le point de dégringoler vers la ville et de tout saccager sur son passage. Cette drôle de roche se situe dans un parc qui fait partie des zones protégées par le Archeological Survey of India, car on retrouve, dans les falaises et les rochers de ce parc, plusieurs temples et bas reliefs sculptés à même les parois.



Lors de notre petite randonnée, nous avons eu la chance de croiser une famille de singes pas très stressés par la présence des humains. C’est incroyable comment, parfois, ces créatures peuvent nous ressembler. Nous avons d’ailleurs trouvé plusieurs similarités entre le visage des bébés singes et celui de Gandhi… Mais nous étions terriblement étonnés de la patience qu’avaient les parents singes avec leurs petits énervés! Non seulement les enfants se chamaillaient constamment, mais ils se faisaient aussi une fête de grimper sur leurs parents et de leur écrabouiller la figure avec leurs pieds. Pour les adultes, tout semblait normal et sous contrôle, ils ne bronchaient pas.



Cette proximité entre les animaux et des humains est quelque chose d’assez dépaysant pour nous, nord-américains. En effet, ce n’est pas sur le boulevard St-Denis qu’on pourrait voir des vaches et des chèvres se balader, pas plus qu’on ne verrait, au Parc Jean-Drapeau, des poules, des coqs et des cochons courir dans toutes les directions. Et il serait assez inconcevable de devoir céder le passage à un berger qui promène ses chèvres en plein milieu du boulevard St-Laurent. Mais ici, tout se peut! Autant dans les grandes villes que dans les petites!

Notre séjour à Mamallapuram tire déjà à sa fin.

Prochain arrêt (et là, c’est pour de vrai!) : Pondichéry.